La forêt de La Double décrite par Eugène Le Roy
source : EUGENE LE ROY, REGARDS SUR LE PERIGORD
de Joëlle Chevé et Michel Combet
Editions Sud Ouest

 
(...) Tout alentour l'immense plateau de La Double s'étendait avec ses molles ondulations pareilles à des vagues et ses petits coteaux arrondis moutonnant au loin. Entre ces reliefs de l'écorce terrienne se creusaient des combes sinueuses aux déclivités douces, avec un fossé raviné au fond, et des vallons parfois resserrés, irréguliers, sortes de grands sillons collecteurs des eaux pluviales qui croupissaient aux endroits plus larges, parmi les joncs et les aches de paluds, ou bien allaient gonfler les étangs dont le trop-plein se déversait par des ruisseaux à la Drone et à l'Ille.(...)
(...) Une indicible mélancolie se dégageait de cette région désolée qui fut l'antique Sylva Edobola, où la liberté de l'Aquitaine périt avec Waïfer, son dernier Duc souverain, et planait sur cette vieille " Terre de la Conquête", devenue le royaume des fièvres.
    Et, contemplant tout cela, Daniel se disait gravement : " Celui qui assainirait ce pays, qui tuerait la fièvre et détruirait la misère, ferait une grande chose... une très grande chose... "

L'Ennemi de la Mort (Oeuvres complètes d'Eugène Le Roy)
Editions du Périgord Noir.

 

portrait d'Eugène Le Roy
(coll.musée Eugène Le Roy,
Montignac-Lascaux, cl. P.Moulin)
Coucher de soleil sur La Double :
Photo Alain Bordes
A l'Ouest, derrière les coteaux boisés, le soleil était près de tomber sous l'horizon. Dans un ciel d'or en fusion, des nuages de formes bizarres - dromadaires géants, mammouths démesurés, béhémoths, léviathans, plésiosaures, monstres innommés, incendiés par les feux du couchant - glissaient lentement parmi la plus splendide apothéose, avec leurs bosses laineuses, leurs crinières enflammées, leurs ailes violacées, ou ramaient de leurs nageoires empourprées sur des flots d'un bleu intense.

Puis l'astre, ayant terminé sa carrière, descendit triomphalement derrière les hauteurs, et les bêtes fabuleuses commencèrent à se franger, à se déchiqueter, à se dissiper. L'or pâlit, la pourpre se décolora, les tons s'amortirent et les formes s'effacèrent. A travers les grands chênes des hauts coteaux s'étendit sur l'horizon une lueur de forge cyclopéenne, et le soleil disparu cribla de ses derniers rayons obliques les animaux étranges qui achevèrent de se dissoudre, et s'évanouirent dans le crépuscule du soir qui tombait sur la terre.

                                                                                                                          L'Ennemi de la Mort (Oeuvres complètes d'Eugène Le Roy)
Editions du Périgord Noir.

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