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La forêt
de La Double décrite par Eugène Le Roy
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| (...) Tout alentour l'immense plateau de La Double s'étendait
avec ses molles ondulations pareilles à des vagues et ses petits
coteaux arrondis moutonnant au loin. Entre ces reliefs de l'écorce
terrienne se creusaient des combes sinueuses aux déclivités
douces, avec un fossé raviné au fond, et des vallons parfois
resserrés, irréguliers, sortes de grands sillons collecteurs
des eaux pluviales qui croupissaient aux endroits plus larges, parmi les
joncs et les aches de paluds, ou bien allaient gonfler les étangs
dont le trop-plein se déversait par des ruisseaux à la Drone
et à l'Ille.(...)
(...) Une indicible mélancolie se dégageait de cette région désolée qui fut l'antique Sylva Edobola, où la liberté de l'Aquitaine périt avec Waïfer, son dernier Duc souverain, et planait sur cette vieille " Terre de la Conquête", devenue le royaume des fièvres. Et, contemplant tout cela, Daniel se disait gravement : " Celui qui assainirait ce pays, qui tuerait la fièvre et détruirait la misère, ferait une grande chose... une très grande chose... " Editions du Périgord Noir. |
(coll.musée Eugène Le Roy, Montignac-Lascaux, cl. P.Moulin) |
Photo Alain Bordes |
A l'Ouest, derrière les coteaux boisés,
le soleil était près de tomber sous l'horizon. Dans un ciel
d'or en fusion, des nuages de formes bizarres - dromadaires géants,
mammouths démesurés, béhémoths, léviathans,
plésiosaures, monstres innommés, incendiés par les
feux du couchant - glissaient lentement parmi la plus splendide apothéose,
avec leurs bosses laineuses, leurs crinières enflammées,
leurs ailes violacées, ou ramaient de leurs nageoires empourprées
sur des flots d'un bleu intense.
Puis l'astre, ayant terminé sa carrière, descendit triomphalement derrière les hauteurs, et les bêtes fabuleuses commencèrent à se franger, à se déchiqueter, à se dissiper. L'or pâlit, la pourpre se décolora, les tons s'amortirent et les formes s'effacèrent. A travers les grands chênes des hauts coteaux s'étendit sur l'horizon une lueur de forge cyclopéenne, et le soleil disparu cribla de ses derniers rayons obliques les animaux étranges qui achevèrent de se dissoudre, et s'évanouirent dans le crépuscule du soir qui tombait sur la terre.
L'Ennemi de la Mort (Oeuvres complètes d'Eugène
Le Roy)
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